« Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec » du réalisateur Luc Besson, adaptation sur grand écran de la bande dessinée créée par l’auteur Jacques Tardi, sortira sur les écrans le 14 avril prochain, Louise Bourgoin tiendra la tête d’affiche.
Luc Besson a porté son choix sur Louise Bourgoin après avoir longuement observé la carrière de cette jeune femme. Tout d’abord, lorsque celle-ci présentait de façon fantasque la météo sur Canal Plus, ce qui lui a valu le surnom de Miss Météo, jusqu’à son premier grand rôle cinématographique obtenue dans « La fille de Monaco », film d’Anne Fontaine où elle jouait auprès de Fabrice Luchini
Le fait qu’elle soit capable d’interpréter toutes sortes de personnages différents a séduit le réalisateur Luc Besson, qui juge cette aptitude rare et de plus parfaitement en adéquation avec le personnage d’Adèle Blanc-Sec qu’interprète la jeune actrice.
Dans une interview, Louise Bourgoin nous en dit plus sur son personnage.
Louise Bonjour.
Bonjour.
Comment est-ce que Luc vous a proposé le rôle d’Adèle Blanc-Sec ?
Il a demandé à me rencontrer en décembre 2008. On s’est vu dans un café, on a discuté longuement de nos parcours respectifs et il m’a fait lire le script. Tout de suite, j’ai eu très envie d’interpréter le rôle d’Adèle, qui est particulièrement riche. Il m’offrait une palette d’intentions géniales à jouer. Je lui ai dit oui tout de suite. Dès le lendemain, il m’a dit qu’il avait décidé que ça serait moi. Je lui ai dit : « Je ne comprends pas, on ne fait pas d’essais ? Il n’y a pas de casting ? ». Il m’a répondu : « Non, pour moi tu étais en casting tous les soirs à la météo au Grand Journal ». Je remercie Canal de m’avoir permis d’interpréter plein de personnages différents et de m’avoir laissé écrire mes propres textes.
Qu’est-ce que vous saviez du personnage et de son créateur Jacques Tardi ?
Je l’ai découvert quand j’avais 18 ans. J’ai un père qui collectionne beaucoup les bandes dessinées, qui m’en a fait lire très tôt. J’étais fan d’Enki Bilal, Loisel, Fluide Glacial… J’ai lu Adèle Blanc-Sec de Tardi à 18 ans. Ce qui m’a beaucoup plu, c’est qu’il s’exprimait à travers elle comme il se serait exprimé à travers un personnage masculin. Elle n’était pas le personnage féminin stéréotypé qu’on a l’habitude de lire, comme Bécassine, Barbarella, qui sont tantôt idiotes, tantôt très érotiques. Ça m’a beaucoup plu. Elle est moderne, très rebelle, têtue, décidée. Elle sait ce qu’elle veut et elle est assez misanthrope, ce qui la rend touchante. C’était assez jouissif à jouer.
Vous avez la réputation de beaucoup travailler en amont. Comment vous êtes vous préparée pour le personnage ?
Luc avait une idée très précise de son Adèle. Très vite, j’ai commencé à travailler les textes avec lui. Il me jouait Adèle devant moi, ce qui était assez drôle. Pendant le tournage, il parlait avec une voix de femme : « Excusez-moi mon brave, pourrais-je avoir un café s’il vous plait ». Ça me permettait de rester concentrée, de ne pas perdre le ton un peu particulier qu’elle a. Elle est un peu comme une mitraillette, très sèche, très dure, très rapide. Il y a quelques anachronismes de langage, comme dans la bande dessinée. Luc voulait qu’elle soit très moderne, hors du temps. J’ai commencé par travailler la démarche. Il voulait qu’elle ait une démarche très rigide, masculine, sans dérouler les hanches. J’ai une démarche un peu dégingandée qu’il a fallu que je structure.
Comment est-ce qu’on bavarde avec une momie revenue à la vie et un ptérodactyle ?
Les momies étaient pour moi des acteurs en collants gris moulants, qui ont ensuite été habillés en trois dimensions. J’ai travaillé avec de vrais acteurs de la comédie française, dont on entend les voix dans le film. Le ptérodactyle, c’était une balle de tennis sur un piquet, sur un nid de feuilles en plein milieu du jardin des plantes. C’était assez drôle. J’ai pensé aux acteurs de « Jurassic Park ». Je me suis dit que les Beauxarts me serviraient, parce que ça a développé mon imagination. On doit s’inventer tout un monde, s’imaginer le ptérodactyle qui vous regarde avec méchanceté, qui vous souffle ou vous éternue dessus, qui fait des grondements angoissants… Il faut essayer d’imaginer tout ça avec la direction de Luc Besson dans l’oreille. Il faut tout imaginer autour de cette fameuse balle de tennis. J’ai beaucoup appris sur le tournage.
En parlant de voix, on vous entend chanter sur le générique de fin. C’est une expérience que vous avez envie de renouveler.
Je pense que personne n’aura envie de la renouveler avec moi. Je ne peux pas chanter, je chante très mal. Ma mère m’a toujours dit : « Tu peux tout faire mais ne chante pas ». Quand on m’a proposé de chanter avec Thomas Dutronc, un chanteur que j’aime beaucoup, j’étais contente mais je leur ai dit que je ne savais pas chanter. Je pouvais parler, dire quelques phrases… Mais ils m’ont dit que je pouvais chanter comme je le voulais, puisque tout est modifié avec l’ordinateur. Je parlais du nez, parce que j’avais un rhume et en plus, je chante faux. Il se trouve que je chante juste dans la chanson, c’est miraculeux. Je trouve ça génial.
Il y a un côté très jouissif dans le personnage, il a beaucoup de répartie. Vous aussi ?
Moi pas du tout, j’ai l’esprit de l’escalier comme Jean-Jacques Rousseau. Je pense toujours à ce que j’aurais dû dire en quittant l’appartement, en descendant l’escalier. Très souvent, à l’époque de Canal +, quand on me reconnaissait dans la rue, on me demandait un petit jingle, une petite blague… Ça ne venait pas. A Canal, je préparais vraiment mon texte en fonction de l’invité que j’aurais en face de moi, j’écrivais mes propres textes. Tout était très pensé. Effectivement, on avait l’impression que j’improvisais alors que ce n’était pas du tout le cas.
Avec le recul, est-ce que vous avez le sentiment que cette télé quotidienne vous a préparée à devenir actrice ?
Certainement. Canal m’a donné une liberté telle que j’ai pu interpréter un personnage différent par soir, écrire mes propres textes… Ils m’ont censuré deux fois en deux ans. J’avais toute liberté. Ça m’a complément épanouie. Devoir interpréter, construire un personnage pour une minute, et le faire en direct, sans pouvoir le refaire, ça entraine beaucoup. Par contre, il n’y a aucune réciprocité, on joue seul face à une caméra. Alors que là, j’ai appris à jouer avec des acteurs, à gérer leurs réactions, à m’appuyer sur leurs regards…
Si je pouvais vous accorder trois voeux sous la forme de réalisateurs avec qui vous aimeriez tourner, qui choisiriez-vous ?
Je penserais plutôt en termes de rôle. Ce que j’ai adoré pour ce film, « Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec », c’est qu’on m’a offert un panel d’intentions à jouer particulièrement riche, qu’il y a une évolution du personnage tout au long du film, tout un tas d’aventures qui m’entrainent sur divers terrains. J’aimerais rejouer dans un film qui me permette de m’exprimer de cette manière, j’aimerais un rôle aussi riche, à nouveau. En tant qu’ancienne plasticienne, j’aime les réalisateurs qui ont un univers visuel marqué, David Lynch, Gondry, Cronenberg. Je n’ai pas la prétention de dire que je pourrais tourner avec eux, je parle juste en tant que cinéphile.
Ce qui est amusant dans le film, c’est que vous tournez avec un certain nombre d’acteurs connus et réputés, sauf qu’on ne les reconnait pas forcément. C’est troublant ?
Oui, c’est troublant de jouer avec quelqu’un qui a un masque en latex sur le visage. Quelques fois, on a l’impression qu’il est déshumanisé. C’était dur pour eux, ils arrivaient à 4h du matin sur le tournage et on leur enfilait un masque qui est comme une cagoule collée sur la peau. Ils étaient épuisés parce qu’on commençait à tourner 4 ou 5 heures plus tard. Ils étaient debout bien avant nous. De plus, ça fige un peu les expressions. J’ai connu ça quand on m’a déguisée en cuisinière obèse. Je me suis rendu compte qu’on avait du mal à parler correctement, à articuler, à sourire… Ça fige énormément. Je suis très admirative du travail de Mathieu Amalric et de Jacky Nercessian, qui interprètent le méchant « Dieu le veut » et le gentil « Espérant Dieu ».
Mine de rien, le rôle est très physique. Vous vous attendiez à ce que ce soit aussi exigeant ?
Non. Je ne suis absolument pas sportive. Juste avant, j’avais tourné trois films donc je n’avais pas eu le temps d’avoir un coach, de faire du sport pour me préparer. Je savais qu’il y avait des scènes de course, dans des tunnels en feu, des scènes où je saute sur les gens… Je me disais que j’allais faire ça 20 fois et je m’en sentais capable. Je ne suis pas non plus une « non sportive ». Je suis assez endurante. Il se trouve qu’on ne fait pas ça 20 fois, on fait ça 20 fois dans un axe. Luc a plein d’axes différents ! C’était assez dur physiquement, mais c’était une fatigue très agréable.
« Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec » est assez ouvert, ça sent la suite. Il y en aura une ?
J’aimerais bien. Pour tous les acteurs, un tournage est irréversible, ce qui est un peu frustrant. J’ai vu le film, et j’aimerais m’améliorer. Une suite me permettrait de le faire. J’ai l’impression de ne pas en avoir terminé avec Adèle. Ça sera à Luc d’en décider. Il faut que le premier film marche pour que ce soit le cas. En tout cas, c’est en cours d’écriture.
Merci beaucoup.
Merci.
INTERVIEW REALISEE PAR THIERRY BAUMANN

Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec
Date de sortie cinéma : 14 avril 2010
Réalisé par Luc Besson
Avec Louise Bourgoin, Gilles Lellouche, Mathieu Amalric, Jean-Paul Rouve…
Synopsis : En cette année 1912, Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris débarquer en Egypte et se retrouver aux prises avec des momies en tout genre. Au même moment à Paris, c’est la panique ! Un oeuf de ptérodactyle vieux de 136 millions d’années, a mystérieusement éclos sur une étagère du Jardin des Plantes, et l’oiseau sème la terreur dans le ciel de la capitale.
Pas de quoi déstabiliser Adèle Blanc-Sec, dont les aventures révèlent bien d’autres surprises extraordinaires…
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