« Les Meilleurs amis du Monde »Synopsis : Un week-end au vert avec vos meilleurs amis. Ceux qui vous aiment vraiment. Ceux en qui vous avez une confiance absolue. Ceux qui vous comprennent et vous disent toujours la vérité. Et surtout, ceux qui vous pourrissent sans savoir qu’ils ont appuyé sur la touche rappel de leur téléphone.
Zest Of People vous propose de découvrir l’interview croisée de Marc Lavoine et Pascale Arbillot. Ils nous en disent plus sur leurs personnages dans cette comédie française déjantée !
Je me demandais quelle tête vous avez fait quand vous avez vu vos têtes respectives ? Le film enchaine les situations drôles, mais il dit aussi des choses sérieuses. Se voir de manière aussi différente l’un l’autre, ça a nécessité un réglage, pour trouver le ton juste ? Ce n’est pas comme un film d’époque où tout le monde est grimé 18ème… C’est très contemporain mais le trait est très poussé. Est-ce que ça nécessite des réglages ?
Pascale Arbillot : J’ai un réglage de voix, parfois je la perdais. Je la retrouve comme à chaque fois, en jouant une situation avec une émotion intérieure. Un truc très concret et vrai. On ne pouvait pas faire semblant. Plus c’est énorme et plus il faut être d’une vérité terrifiante. Parfois, on perd ça, on met du temps. Etrangement, quand je jouais, je ne me suis jamais dit que c’était bizarre. Pourtant les situations sont énormes ! A un moment donné, il m’embrasse les fesses. J’ai rigolé. Mais c’était possible.
Marc Lavoine : Les gens vont très loin dans la vie, il suffit d’aller dans le café d’à côté… Quand on regarde des photos de Michael Jackson, il est allé très loin, et Barbara à son piano aussi. Le ridicule c’est la vérité. On joue tous les jours à faire semblant de ne pas être qui on est. Un jour, tout lâche. C’est ce jour là que les gens vous découvrent et tombent amoureux de vous, quand vous êtes tout nu. Ce qui est chiant c’est de ne pas être dans le film. Je demandais toujours à Julien : « Est-ce que je suis dans le film ? ». On transgresse souvent cette ligne là. On passe du semblant à des moments de vérité. On est dans notre lit, on se parle sans se regarder… J’avais « Le fanfaron » dans la tête, avec le personnage de Gassman, et j’imaginais Pef comme étant Trintignant. Il y avait aussi une scène de Woody Allen, dans « Crimes et délits », où il rentre chez lui, se met au lit et ils sont tous les deux de dos, de chaque côté du lit, à regarder le mur. Il lui dit qu’il a rencontré un type qui lui a chié dessus. Elle lui demande pourquoi et il n’a pas de réponse. Ça va loin. Même dans la vie intime, on dit des choses et on fait des choses qui vont loin. Mais peut être que les mêmes scènes mal filmées, mal cadrées… On a trouvé avec Julien un metteur en scène mais aussi un directeur d’acteur. C’est un type qui a des exigences, un point de vue, une vision, un projet. Il ne fait pas un film pour faire du cinéma, il raconte son histoire. Il a fait le film qu’il avait dans le ventre depuis longtemps. Il a une sacrée maitrise des choses, pour un homme assez jeune et une intelligence assez médiocre ! Comme c’est un copain je ne pensais pas être dans son champ de vision. J’ai été très heureux qu’il m’ait choisi. J’ai regardé son travail. Ton metteur en scène, c’est ton père sur un tournage. L’acteur est un enfant, on est un peu désossé.
Pascale Arbillot : Il savait exactement tout ce qu’il voulait, les costumes, les décors… Le choc que j’ai eu, c’est plus le décor que les personnages. Je ne m’attendais pas à voir quelque chose d’aussi pointu artistiquement, d’aussi fort, simple et beau, comme un décor de Tati. C’est une vraie maison, il y a plein de choses très vraies dans le film.
Marc Lavoine : La caméra est aussi un acteur. La caméra est comme nous, c’est comme si elle était dans la salle avec nous, elle nous emmène dans le film. Quand on voit les champs/contre champs sur les scènes où ils se chambrent, il y a tout un mouvement, une folie. C’est un vrai travail.
Pascale, j’aimerais bien que tu me parles un peu de cette Lucie. Si Max n’est pas d’accord, il peut réagir…
Marc Lavoine : Je suis d’accord avec Lucie, surtout maintenant, après tout ce qu’on a vécu.
Pascale Arbillot : Lucie est une femme de 38 ans, elle a un mari, une belle maison, un enfant. Elle doit aimer les séries américaines, elle contrôle tout, ses vêtements, sa coiffure. Tout va bien. A l’intérieur, c’est une catastrophe. Je pense qu’elle est très malheureuse, totalement neurasthénique. Elle est dans un monde qui n’existe pas, un monde parfait où tout le monde serait gentil. Elle a une apparence très maitrisée, comme une poupée, mais à l’intérieur, elle vit un drame total. Elle est dans un état névrotique absolu. Je pense qu’il y a plein de gens comme elle mais ça se voit moins. On n’est pas tous là où on voudrait être, on n’arrive pas tous à dire ce qu’on veut.
Elle pourrait être castée pour « Desperate Housewives » ?
Pascale Arbillot : Oui, vraiment. Je rêverais de faire ce genre de personnage. Il y a une réalité. Dans des personnages plus dingues comme dans « AbFab », il y a un peu moins de réalisme. C’est un personnage qui existe. Je pense qu’il y a des femmes qui mettent des perruques blondes, qui s’habillent à quatre épingles, qui pensent que réussir sa vie c’est avoir un bel enfant, mettre son petit pull crocodile… J’ai vécu ça comme un drame. C’est à hurler de rire.
Marc, qui est Max ?
Marc Lavoine : C’est difficile de parler d’un personnage. Au bout, ce qui sauve ces gens là, c’est leur gentillesse. Sauf qu’ils ont perdu leur gentillesse, ils sont chacun dans leur monde, les couples ne marchent plus ensemble, les amitiés vont se disloquer.Eux-mêmes sont disloqués. Ils ne sont plus vraiment eux-mêmes, ils sont dans un rôle qui les laisse secs et automatiques. Lui oublie qu’il a une femme, il oublie qui il est, qu’il a un enfant.
Pascale Arbillot : J’adore ton métier. Il y a un plan extraordinaire au début du film !
Marc Lavoine : Je vends des toilettes.
Pascale Arbillot : Il a réussi dans le sanitaire.
Marc Lavoine : Je pense que le costume est trop grand. C’est comme les gens qui achètent un disque parce que tout le monde l’achète, c’est l’idée qu’ils s’en font, mais ne l’écoutent pas. C’est un peu la même chose. L’argent, la maison, ce qui se voit. Il est prisonnier de ça, quitte à être un esclave de ça et de sa partenaire. C’est un bourrin qui est en train de passer à côté de lui-même et qui dérape. Ce film est un dérapage incontrôlé de personnes qui s’aiment mais qui l’ont oublié. On oublie parfois qu’on aime les gens qu’on aime, on leur fait du mal. Pourquoi faire mal à quelqu’un qui nous est indifférent ? Là où on tape le plus fort, c’est sur son père, son frère, son père, sa femme, ses amis. Tout d’un coup, ce qu’on ne dit jamais se dit et se sait. Le fait de le savoir vous libère. C’est un film sur la vérité. Pourquoi les gens sont-ils skyzophrènes et hémiplégiques en ce moment ? Les gens s’inventent des personnages sur internet, ils se « blog », se « making of », se mettent des caméras sur eux et deviennent des vedettes. Ça n’a pas de sens. On se ment, tout le monde ment. Tout à coup, la vérité se sait. On sent dans le film que le mensonge se tue toujours de luimême. La vérité n’a rien d’héroïque, elle est juste là. L’assumer, ce n’est pas grandchose. Ça fait souvent beaucoup de bien. Je pense que c’est ce que ces personnages vivent ensemble.
Ce coup de fil est une sorte d’analyse, ça leur évite à tous dix ans de psychothérapie ?
Marc Lavoine : Ça leur donne une rédemption.
Pascale Arbillot : Ils ont réussi à rattraper le coup. Ça ne m’est jamais arrivé d’entendre un de mes meilleurs amis dire des horreurs sur moi.
Marc Lavoine : Moi si.
Pascale Arbillot : Comment tu as réagi ?
Marc Lavoine : Il y a la réaction et après la réflexion. On a tous une réaction. Puis la compassion arrive, la réflexion t’amène vers la gentillesse. On se bat tous contre le côté noir, méchant. On n’est pas des gentils, ce n’est pas facile d’être gentil. C’est une décision à prendre, comme d’être heureux. On peut décider d’être malheureux, s’y complaire ou se dire : « aujourd’hui je vais être heureux ». Ces gens là sont rattrapés par leur propre identité.
Pascale Arbillot : Toi qui as entendu quelqu’un dire du mal de toi, qu’est-ce que tu as fait ?
Marc Lavoine : D’abord on s’est fâché, l’absence. Ensuite, ce qui fait que les gens restent ensemble… Je m’engueule avec les autres mais je ne me fâche pas. S’engueuler, c’est être en contact. Se fâcher, c’est couper les liens. Il y a des pages plus faciles à tourner que d’autres. La page de l’amitié de ces gens là est intournable, il faut la réécrire, déchirer des petits bouts et recoller. Ils ont réussi, et ont réussi dans la vie. Prenons une histoire d’amour par exemple. Ça fait 10 ans ou 40 ans qu’ils sont ensemble. Une histoire d’amour c’est chaotique, ce n’est pas une béatitude permanente. Il y a la sexualité, des moments de différends. Les gens qui s’aiment s’engueulent. Parfois ils ne se retrouvent pas. Parfois ils se retrouvent autrement mais ils se retrouvent. Il ne faut jamais hésiter à se retrouver autrement.

On n’a pas évoqué du tout le pitch du film. On va voir si vous êtes prêt pour Arthur, Drucker et les autres.
Pascale Arbillot : Un couple d’amis reçoit un autre couple d’amis dans sa maison, qu’ils viennent juste de décorer. En chemin, le couple d’amis qui arrive téléphone et raccroche mal. Ils entendent des horreurs. Comment deux couples d’amis, dont l’un a entendu les horreurs que l’autre a dit sur lui, vont-ils réussir à passer un week-end ensemble et rester amis à la fin ? Un meilleur ami c’est quelqu’un qui vous connait et qui vous aime quand même. Après cette histoire de départ, il va y avoir un nombre d’évènements tragicomiques incalculables. Vont-ils se réconcilier à la fin ?
Marc Lavoine : Le point de départ du film c’est ce coup de téléphone. Il est arrivé à tout le monde d’envoyer un sms à la mauvaise personne.
Pascale Arbillot : J’ai fait ça, ça a été une catastrophe.
Marc Lavoine : Ça m’est arrivé en studio, de mal raccrocher. La personne rappelle pour dire qu’elle a bien entendu toute la conversation… Tu te retrouves dans une situation un peu embêtante.
C’est ce qui intéressant, ça peut arriver à tout le monde ?
Pascale Arbillot : Ça arrive plus ou moins à tout le monde. J’ai toujours peur des groupes, des gens qui se voient tout le temps, parce que j’ai toujours entendu des gens dire du mal de leurs amis. C’est récurrent, quelque soit les métiers. Il y a une intimité, tout le monde parle de tout le monde mais reste quand même potes. Ça m’a choqué pendant très longtemps, maintenant je comprends.
Marc Lavoine : La multiplication des modes de communication favorise ça. Dès que tu appuies sur le bouton, tout le monde sait que tu as fait une connerie. Avant, il n’y avait pas ces instruments qui permettent de tout savoir sur la vie de tout le monde. On s’appelle 22 fois, ça ne veut plus rien dire. Un clown chasse l’autre. On a tellement besoin de scoops aujourd’hui !
Pascale Arbillot : En amitié aussi ?
Marc Lavoine : Dans les foyers aujourd’hui, tout le monde a un e-mail. C’est un pia pia pia mondial. Un type pète aux iles Fidji et tout le monde l’a sur son blog dans la minute. A l’époque les scandales duraient des années et pour se laver d’un scandale, c’était un enfer. Les rumeurs duraient des années. Aujourd’hui, tu peux effacer une rumeur en une semaine. Il suffit d’en lancer une autre et tu chasses la rumeur précédente.
C’est une comédie intéressante à bien des égards, je pense notamment au lama qui représente une certaine forme de conscience abstraite. Il y a des côtés très loufoques. Qu’est-ce qui vous a fait le plus rire dans cette histoire ?
Marc Lavoine : Sur le papier, le rôle qui m’est apparu le plus drôle est celui interprété par Pierre-François Martin-Laval. J’ai même dit à Julien que j’adorerais jouer ce rôle là.
Pascale Arbillot : Il voulait être Pef.
Marc Lavoine : On a le rôle qu’on mérite… Je suis ravi d’être dans ce film. Quand je lis le scénario, le rôle qu’on me propose, ce n’est pas le plus important pour moi. Un rôle n’existe pas sans les autres, sans le contexte. Les liens sont tellement bien écrits, ça se passe en 48h… Pour jouer en deux mois ce qui se passe en 48h, il faut garder un rythme, l’articulation de sa voix, être chaque fois proche de la rupture et des larmes. Ce qui fait rire, c’est la douleur du film, la peau de banane. C’est la force du film. C’est ce qui fait rire. C’est la situation qui est démente.
Pascale Arbillot : Ça va très loin. C’est un truc de dingue, ils sont tous fous.
Marc Lavoine : C’est une succession de mensonges dans la vérité. Les mecs mentent avec une vérité absolue. Petit à petit cette peau s’en va. Le film se termine avec beaucoup d’amour et beaucoup d’espoir. Ce que je regrette souvent, je n’aime ni le mépris ni le stylisme. On ne se moque pas des gens qu’on joue, on est les gens qu’on joue, ils font partis de nous. J’ai pris beaucoup de mon père pour faire ce film. Il avait des côtés comme ça. Il y a une scène où je dois être flamboyant et je le revois faire ça. Julien a vraiment un regard gentil sur les gens, c’est ce qui fait la qualité du rire. Le rire grinçant n’est pas le meilleur du rire. Il y a une libération du rire dans ce film.
Pascale Arbillot : Tu parles de tes chiottes comme si c’était un truc incroyable.
Marc Lavoine : On a en France, même en Belgique, ou dans le pays européens, la culture d’un certain rire.
INTERVIEW REALISEE PAR FRANCK VALLIERES
Bande-annonce
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