Bernard Giraudeau, l’un des acteurs français les plus populaires de sa génération, mais aussi réalisateur et écrivain de talent, est mort aujourd’hui des suites d’un cancer, après avoir combattu avec courage et clairvoyance la maladie.
Âgé de 63 ans, l’acteur au regard océan inoubliable, est décédé samedi matin dans un hôpital parisien après 10 années d’un combat acharné contre le cancer. Il avait confié au mois de mai que la lutte était perdue et ses souffrances trop grandes « c’est usant, c’est très usant », révélait-il, et il déclarait dans une interview au quotidien Libération ne plus vouloir être opéré « j’ai déjà tellement été opéré que cela bousille ».
Acteur à la présence incontestable et aventurier dans l’âme, Bernard Giraudeau est né au port de la Rochelle en 1947, durant sa carrière il a endossé avec brio différents rôles au cinéma et au théâtre, que ce soit dans le cadre de comédies ou de tragédies. Son physique avantageux lui a également permis d’interpréter des rôles de séducteur au magnétisme ravageur. Fils de militaire, il s’était enrôlé dans la Marine à l’âge de 15 ans et a toujours manifesté un vif intérêt pour les voyages et la vie en mer. Son amour des escapades lointaines imprégnera aussi son existence.
Dans un communiqué, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand évoque également cet immense baroudeur qui est parvenu à « passer avec succès derrière la caméra, pour réaliser des films inspirés par son goût des voyages, de l’aventure et sa passion de l’Afrique, particulièrement le sublime ‘Caprices d’un fleuve’ » réalisé en 1996 au Sénégal (« L’Autre », 1990 et « Les Caprices d’un fleuve », 1996).
Inscrit au Conservatoire d’Art Dramatique de Paris, il était ressorti premier en 1974 de sa promotion avec le prix de la « Comédie classique et Moderne ». Son parcours cinématographique commence en 1973 auprès de Jean Gabin dans « Deux hommes dans la ville », avant de poursuivre sa carrière avec des rôles de bellâtre dans diverses comédies comme « Et la tendresse ? Bordel ! » et « Viens chez moi, j’habite chez une copine » en 1981. Il atteint l’apogée de son succès auprès du grand public en 1982, avec le rôle de Pascal Villars dans « Le Grand Pardon ».
Toutefois, Bernard Giraudeau ne s’enferme pas dans cette image de tombeur et poursuit avec des rôles plus physiques comme dans « Le ruffian » (1983) et « Rue barbare » (1984), ils n’hésitent pas à jouer des personnages ambivalents et sournois, où il est largement à la hauteur dans le film « L’année des méduses » (1984), mais aussi dans « Une affaire de goût » ou « Gouttes d’eau sur pierres brûlantes » (2000).
Il a travaillé avec différents réalisateurs comme Claude Miller, Patrice Leconte (qui l’a dirigé dans « Les spécialistes », film d’action à la française), Olivier Assayas ou encore François Ozon.
Alors qu’il joue au cinéma, Bernard Giraudeau n’oublie pas ses amours théâtrales où il a débuté en 1971 à Paris avec Jacques Fabbri dans la pièce « Pauvre France ». Il enchaînera les rôles au théâtre comme dans « Liaisons dangereuses » de Christopher Hampton (1988), « L’Importance d’être constant » d’Oscar Wilde (1995), « Becket ou l’Honneur de dieu » d’Anouilh (2000), « Richard III de Shakespeare » (2005), dirigé par différents metteurs en scène tels que Jerôme Savary, Gérard Vergez, Didier Long ou Bernard Murat. Son talent a été maintes fois reconnu par la profession, il a été nominé trois fois aux Molières et cinq fois aux Césars.
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a aussi rendu hommage à ses qualités d’écrivain « romancier de talent, poète du grand large, qui savait faire partager son amour de la mer ». Il avait publié « Le Marin à l’ancre » en 2001, « Les Hommes à terre » en 2004 et « Les femmes de nage », l’acteur s’était vu remettre le prix Mac Orlan en novembre dernier pour son dernier livre « Cher amour ».
Le président Nicolas Sarkozy a déclaré qu’alors que l’artiste « se battait depuis des années courageusement contre le cancer, par passion du théâtre, il avait accepté de présider l’année dernière la 23e nuit des Molières » et « n’avait pas hésité à se consacrer avec beaucoup de générosité à aider les personnes atteintes de cette maladie ».
Bernard Giraudeau avait deux enfants, un garçon Gaël et une fille Sara, qui elle aussi embrasse la carrière de comédienne. Ces enfants sont nés d’une longue relation amoureuse entretenue durant plusieurs années avec la pétillante comédienne Anny Duperey.
Le comédien avait déclaré il y a peu « En méditant, j’ai pu accepter de mourir », nous souhaitons pour son dernier périple à cet amoureux de la vie et des contrées lointaines le plus beau des voyages…
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