Alors que « Sur la route » est présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2012, Zest Of People vous propose d’en savoir plus sur cette adaptation cinématographique attendue du roman éponyme de Jack Kerouac dont la sortie dans les salles obscures françaises est prévue demain.
L’adaptation de « Sur la route », le roman de Jack Kerouac, est le fruit d’un long processus de maturation, sans doute le plus long dans l’histoire du cinéma. Dès les années 50, l’écrivain lui-même avait souhaité adapter son livre à l’écran avec les acteurs Marlon Brando et James Dean comme principaux protagonistes. Le projet a ensuite séduit Francis Ford Coppola qui a acheté les droits du roman en 1968. Ce dernier a longtemps rêvé de « Sur la route » comme d’une grande aventure cinématographique, mais sans parvenir à mener à bien ce projet. Dans un premier temps, il a songé à réaliser le film avec son fils Roman, puis a sollicité des réalisateurs comme Joel Schumacher, Jean-Luc Godard ou encore Gus Van Sant. C’est en découvrant « Carnets de voyage » que Coppola (Producteur exécutif) a fait le choix de contacter Walter Salles, convaincu de sa capacité à concrétiser ce projet ambitieux.
Synopsis : Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise (Sam Riley), apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty (Garrett Hedlund), jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou (Kristen Stewart).Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.
« Sur la route » est classé parmi les 100 meilleurs romans du XXe siècle en langue anglaise. C’est un livre désormais culte, ce qui a rendu l’adaptation sur grand écran un peu plus complexe.
Le réalisateur Walter Salles a manifesté son angoisse à l’idée de s’attaquer à ce roman emblématique faisant mention à la littérature « Beatnik », il n’a pas hésité à comparer cette démarche à un saut en parachute. La Beat Generation est un mouvement littéraire et artistique né dans les années 1950, aux Etats-Unis.William Burroughs, Allen Ginsberg et Jack Kerouac sont les précurseurs de la libération sexuelle et du mode de vie de la jeunesse des années 1960, celle de la Beat Generation, qui a ébranlé la société américaine dans ses certitudes.
Interrogé sur ce projet cinématographique ambitieux, le réalisateur s’est confié sur différents points :
« Sur la route » raconte l’histoire d’une jeunesse qui s’épuise et se consume – à l’image des merveilleuses scènes dansées. Comment avez-vous veillé à ce que le jeu des acteurs reflète cette énergie vacillante ?
C’est la force et le drame des personnages du film, ils brûlent, brûlent,comme des cierges dans la nuit… Comment représenter cette énergie à l’écran ? Dans la pulsion des corps et des gestes, le mouvement constant, la danse. Mais il fallait aussi trouver les moments de silence, de contemplation, qui permettent aux moments d’accélération d’être ressentis comme tels.
L’histoire de l’adaptation de « Sur la route » obéit à un rythme similaire à celui du livre, alternant temps morts et accélérations. Peut-on regarder votre film comme un documentaire sur son propre tournage ?
Le livre porte cette dualité en lui. D’un côté, l’urgence d’une génération qui se fraye un chemin, qui explore tous les sens, qui vit selon le tempo du be-bop et de la benzédrine. De l’autre, les moments de contemplation et d’introspection propres à Kerouac. Nous avons essayé de traduire cette alternance dans le film. Pendant le tournage, nous avons vécu de tout : des moments de bonheur, de doute, de joie et de désespoir. Carnets de voyage n’a pas été facile, mais « Sur la route » aura été dix fois plus dur, à commencer par le fait que la géographie sud-américaine est encore une dernière frontière, alors que la nord-américaine est polluée par des Wal-Mart et autres McDonald’s. Nous avons dû aller loin, parfois très loin, pour retrouver la sensation de défricher un territoire. En cinéma, tout ce qui se passe derrière la caméra se traduit d’une manière ou d’une autre sur le négatif. Apocalypse Now en est l’exemple ultime.
En quoi réside la modernité de Kerouac selon vous ?
Dans le désir de tout explorer, de vivre, de sentir à fleur de peau – et non par procuration devant des écrans. De ne pas refuser le moment. Durant le tournage du documentaire, Lawrence Ferlinghetti et moi circulions en voiture, à San Francisco. Il a regardé le pont de Berkeley embouteillé et prononcé une phrase que je ne suis pas près d’oublier : « You see, there’s no more away », « il n’y a plus d’au-delà ». A l’époque de « Sur la route », il y avait encore un monde à cartographier. Borges disait que son plus grand plaisir dans la littérature, c’était de nommer ce qui n’avait pas encore été nommé. Aujourd’hui, on nous donne l’impression que tout a déjà été fait.
Sur l’élaboration du casting, le réalisateur confie :
A partir de 2004, le casting s’est mis en place au fil des années. Kirsten Dunsta été la première actrice avec qui j’ai parlé, pour jouer Camille. Je la trouve toujours d’une grande justesse… Pour Kristen Stewart, ça s’est passé de manière imprévue. Gustavo Santaolalla et Alejandro Iñárritu venaient de voir un premier montage de Into the Wild et m’ont dit : « Ne cherche plus pour Marylou, la fille est dans le nouveau film de Sean Penn et elle est géniale. » J’ai rencontré Kristen juste avant que la folie Twilight ne commence, et elle est restée fidèle au film pendant toutes ces années d’incertitude. Quant à Garrett, il est venu faire un essai. Il a demandé à lire un texte qu’il avait écrit dans un bus, entre le Minnesota et Los Angeles. A la moitié de la lecture, j’ai eu la certitude que Dean, c’était lui. Il a lui aussi attendu des années, d’autres films sont venus, il m’appelait toujours pour demander s’il devait les faire ou pas. Une amitié s’est construite dans cette confiance mutuelle, comme avec Gael García Bernal. Concernant Sam, enfin, j’avais vu Control, il était brillant dans le film, et ses essais ont été d’une vive intelligence et d’une grande précision.
Déjà tous dotés d’un alter ego imaginé par Kerouac dans « Sur la route », les protagonistes de l’aventure beat se retrouvent une nouvelle fois dédoublés pour les besoins de l’adaptation du roman sur grand écran, l’héroïne de la saga Twilight devient ainsi la très délurée Marylou (alter égo de LuAnne) : Mariée à 15 ans avec Neal Cassady, dont elle restera la maîtresse longtemps après leur divorce, LuAnne devient Marylou dans « Sur la route », où elle suit Dean et Sal dans leur chevauchée à travers les Etats-Unis, expérimentant avec eux substances illicites, aventures sexuelles et autres aventures débridées.
« Je ne lui ressemble pas du tout », a tenu à préciser l’actrice Kristen Stewart (une confidence qui devrait rassurer son petit ami Robert Pattinson) qui avait fait une apparition remarquée dans un autre road movie dirigé par Sean Penn dans « Into the Wild ».
Sur la route est le troisième long-métrage de Walter Salles qui a été sélectionné au Festival de Cannes. Après le succès de « Central do Brasil », le réalisateur a présenté au festival « Carnets de voyage » en 2004 puis « Une famille brésilienne » en 2008. Il revient cette année avec l’équipe du film de « Sur la route » qui fait également partie de la Sélection officielle en compétition, le film sera projeté demain (23 mai) ce qui annonce une belle montée des marches en compagnie de Kristen Stewart, Garrett Hedlund, Sam Riley, Viggo Mortensen, Amy Adams ou encore Kirsten Dunst.